Les préoccupations concernant les dangers potentiels associés à la consommation de viande ne cessent d'augmenter grâce à un flux constant d'études scientifiques. Dans ce contexte, le Dr Jean-Michel Lecerf, chef du service de nutrition à l'Institut Pasteur de Lille, éclaire ces questions cruciales.
Les risques liés à la viande rouge
Des recherches menées depuis 2010 soulignent que la viande, notamment rouge et transformée, pourrait être liée à divers problèmes de santé. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a même classé ces types de viandes comme potentiellement cancérigènes. En 2015, une étude a établi un lien entre la consommation de viande cuite et le cancer du rein, suggérant que la cuisson pourrait engendrer des substances chimiques nocives.
Concernant le cancer colorectal, une étude de l'INRA a mis en avant le rôle toxique du fer hémique que l'on trouve dans la viande. Transformé lors de la digestion, ce fer pourrait provoquer des mutations dans l'ADN et favoriser la mort cellulaire au niveau du côlon. Le Dr Lecerf précise que la consommation excessive de viande rouge peut affaiblir le tissu intestinal et favoriser la sélection de cellules précancéreuses.
Microbiote intestinal et maladies cardiovasculaires
La consommation de viande est également corrélée à un risque accru de maladies cardiovasculaires. Bien que l'on pense souvent que les graisses saturées en soient la cause principale, des recherches indiquent que le microbiote intestinal joue un rôle clé dans ce processus. En effet, certains acides aminés présents dans la viande sont transformés par ces micro-organismes en TMAO, une molécule qui modifie le métabolisme du cholestérol, augmentant ainsi les risques d'athérosclérose.
Il est intéressant de noter que l'Institut de recherche sur le cancer recommande de ne pas dépasser 500 grammes de viande rouge par semaine, une limite que le Dr Lecerf estime encore trop élevée pour certaines populations, notamment celles souffrant de diabète ou de maladies cardiovasculaires.
Le végétarisme : une alternative viable ?
Le choix d’exclure la viande de son alimentation suscite de nombreuses interrogations. Bien que les nutriments essentiels qu'elle fournit, tels que les protéines, le fer et les vitamines, ne soient pas indispensables, il est crucial de veiller à l'équilibre nutritionnel. Un régime ovo-lacto-végétarien, qui inclut des produits laitiers et des œufs, se révèle généralement suffisant pour maintenir une bonne santé.
En revanche, le régime végétalien pose des défis plus importants, notamment concernant des carences en calcium, zinc ou vitamine B12, essentielle à la santé cognitive. Le Dr Lecerf recommande donc aux végétaliens de soutenir leur alimentation par des compléments de vitamine B12 et d'autres sources variées de protéines comme les légumineuses et les céréales, afin de garantir une nutrition adéquate. En intégrant des aliments riches en antioxydants et en fibres, il est possible de profiter d'une alimentation saine sans consommer de viande.







