INTERVIEW.- La journaliste Nora Bouazzouni nous plonge dans son enquête percutante, Violences en cuisine, une omerta à la française, et révèle des violences systémiques au cœur de la gastronomie française.
Nora Bouazzouni décrit la restauration comme un espace où la « déshumanisation » s'infiltre à chaque étape. Dans son livre, elle recueille une cinquantaine de témoignages poignants de professionnels du secteur, exposant des humiliations, des blessures physiques, et des viols. L’auteure dépeint un environnement où l’exploitation est institutionnalisée, enveloppée dans une culture du silence.
À la veille de la publication de son livre, un collectif de chefs a lancé « cuisines ouvertes », un manifeste visant à promouvoir la qualité de vie au travail. Bien que plusieurs avouent que des abus ont eu lieu par le passé, des voix, comme celle du chef triplement étoilé Arnaud Lallement, affirment que le secteur a évolué.
- Les témoignages de souffrance illustrent un climat de peur et de silence. Les victimes, souvent jeunes, rapportent des traumatismes durables, souffrant d'angoisses et d'une perte de confiance en elles.
- Les mécanismes qui rendent ces violences invisibles incluent la normalisation des abus, érodant les frontières entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas, engendrant un continuum qui va de l'insulte au viol.
Bouazzouni souligne que cette omerta est le fruit du mythe gastronomique français. Alors que la France s’autoproclame meilleure gastronomie du monde, les travailleurs subissent un cadre légal défavorable, rendant leur exploitation presque institutionnelle.
Les témoignages de violences sexistes et sexuelles sont fréquents, mais rares sont les cheffes médiatisées qui en parlent. Avec seulement 19 % de femmes au sein du pannel des chefs, leur position est particulièrement précaire, limitant leur visibilité et leur voix.
Il est crucial que le public prenne conscience de la réalité des cuisines. Les clients doivent être vigilants et attentifs aux atmosphères de travail dans les établissements qu'ils fréquentent. Choisir d'ignorer les signaux de détresse peut contribuer à perpétuer un cycle de violence et de silence, mais des alternatives existent. Des initiatives comme l'association Bondir.e cherchent à briser ce cycle en offrant soutien et formation.
(1) Violences en cuisine, une omerta à la française, de Nora Bouazzouni, éditions Stock, 342 pages, 21,50 €.







