La Grille, thermostat 10 !
La Grille, thermostat 10. Temps de lecture 3 minutes 55.
Il existe de nombreux endroits similaires, disséminés à travers la ville, comme des conserves sur une étagère. L’accès à ces établissements est souvent compliqué, des dizaines d’autres adresses s’interposent, bénéficiant de la chance, d’un bon attaché de presse, et de projets rayonnants qui les mettent en avant. En arrière-plan, le reste de la lumière et des clients se partage l’espace. Qui oserait s’aventurer dans cette auberge perdue des faubourgs parisiens ?
La devanture ne crie pas au luxe, pas de serveuses habillées de façon provocante. C’est un ancien restaurant qui pourrait rebuter tout gestionnaire. Les grandes tables, les serviettes douces et le rythme apaisant créent une atmosphère unique. En cette soirée, le restaurant est plein avec seize convives. Au milieu des tablées, l’une se distingue par un unique couvert. Peut-être est-ce là l’essence même de la gastronomie : la solitude des célibataires. Il arrivera calme et solaire, un menetou-salon frais en main, accompagné d’une terrine, s’installant pour contempler le spectacle vibrant de la salle.
Parmi les convives, des Américains, découvrant avec émerveillement les plats, se laissent aller à des conversations enjouées, presque confidentielles. Un homme dodu, tel un acteur de cinéma, semble s’immerger dans son plat de pâtes, agité par la frénésie de la soirée. Ce soir, il ne sera pas englouti sous le turbot au beurre blanc, mais plutôt comblé par cette merveille culinaire qui nous protège des tracas du monde extérieur. Ni prétentieux, ni sophistiqué, juste une cuisine simple et honnête.
On imagine déjà que les tendances guideront bientôt le retour à ce type d'établissement. Un lieu où la chaleur humaine, l’humour et l’authenticité règnent. On découvre également Geneviève, la patronne. Elle maîtrise son domaine, observant les tables, repérant les habitués. Elle raconte des anecdotes enriquant le repas de sa bonne humeur pittoresque. "Quarante ans derrière les barreaux, il faudrait vraiment un bon avocat pour m’en sortir !" dit-elle, avec un sourire.
Le dessert arrive rapidement : une composition légère à base de macarons, de framboises et de crème fouettée. Geneviève, satisfaite de son choix, souligne qu’il s’agit du dessert parfait pour accompagner un plat comme le turbot. À mesure que l’on apprécie ce délice, notre regard se perd dans le décor éclectique : casques, diplômes, souvenirs de mariages, et coupures de presse ornent les murs. La Grille, au 80, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris 10ème, est fermée les samedis et dimanches. Prix : 64 euros pour le turbot sauvage à deux. francoissimon.typepad.fr







