Le croque-notes de François Simon. Aujourd'hui, le Noma à Copenhague.
Chaque année, l'agitation recommence, comparable à une épidémie. C'est comme une Eurovision culinaire, un "produit de l'année" qui surgit de nulle part. Les classements, tels que celui des 50 meilleurs restaurants au monde, semblent dépourvus de toute logique. Malgré l'existence de règles déontologiques, les membres du jury peinent à les respecter. Composé de chefs, restaurateurs et journalistes, ce collège évalue sans avoir le temps, les moyens ni parfois même les compétences nécessaires. Comment comparer un houmous libanais à celui d'un pays voisin ? La subjectivité de ce classement est influencée par les connexions et le pouvoir des lobbyistes. La dernière édition a vu le vote français se dérouler discrètement chez l'un des grands noms de ce classement passé.
Cette année, le Noma, dirigé par le chef innovant René Redzepi, est pressenti pour le titre. Cependant, le processus de sélection révèle vite ses limites. Visiter un millier d'établissements dans le monde semble un défi insurmontable, même pour un critique aguerri. Il est déjà difficile de départager les restaurants du VIe arrondissement de Paris.
Le guide Michelin, lui aussi, peine à s'adapter. La diversité des cuisines, des expressions culinaires émergentes aux styles innovants des pays peu traditionnellement gastronomiques, complique la tâche. La gastronomie, avec ses paradoxes et son humour, reflète son époque. Les repas français, inscrits au patrimoine immatériel de l'humanité, incarnent ce spectacle à la fois grotesque et trompeur. La farce se joue à chaque table, suscitant l'intérêt sans véritable raison, alignant tricheries et comédie, un véritable jeu de scène.







